Favoritisme dans la concession autoroute à péage à EIFFAGE : l’urgence comme alibi

Favoritisme dans la concession autoroute à péage à EIFFAGE : l’urgence comme alibi

L’opposant Macky Sall avait décrié les contrats passés par Wade sur les communications téléphoniques entrantes et sur la convention entre Daport et AIBD de février 2012 relative à l’aéroport de Dakar. Le président Macky Sall avait abrogé les décrets à l’origine de ces conventions. Concomitamment Macky Sall posait, au tout début de son mandat des actes analogues à ceux qu’il dénonçait : visa biométrique, et comme nous le verrons ci-après, pétrole, autoroutes, etc. Il était difficilement pensable en ces premiers mois du magistère de Macky Sall qu’il marchait déjà sur les traces de Wade, en surpassant ce dernier pour l’ampleur de ses foulées dans la violation délibérée des lois de la République.

(…) Le géologue Sall fera sauter à la dynamite le socle juridique, en convertissant ses collaborateurs à une nouvelle religion : l’urgence ! Urgence à construire des infrastructures avant le sommet de la Francophonie, urgence à prolonger l’autoroute à péage avant l’ouverture du nouvel aéroport, urgence à présenter un bilan à l’heure des élections.

Dans un pays qui manque de tout, l’urgence est un alibi pratique.

(…) Le ministère se trouvait au cœur d’un autre projet important : le prolongement de l’autoroute à péage. En théorie du moins car, comme souvent dans les républiques sans grande tradition démocratique, le Président avait décidé de confier le projet à l’Agence pour la promotion de l’investissement et des grands travaux (APIX) rattachée à la Présidence.

Sous Wade, l’APIX avait piloté la réalisation de la première section entre Pikine et Diamniadio en lieu et place de l’Agence de gestion des routes (Ageroute). L’APIX devait négocier un marché complémentaire pour la seconde section dans le cadre de la loi Construction-Exploitation-Transfert.

(…) Quand il fut question de construire le deuxième tronçon, le Premier ministre Mbaye formula des instructions écrites au ministre des infrastructures de l’époque pour le lancement d’un appel d’offres international. Cette démarche s’imposait d’autant plus que la réalisation du premier lot avait provoqué des controverses vives sur les coûts jugés prohibitifs par de nombreuses voix autorisées. L’une de ces voix indignées s’appelait Macky Sall. Le 31 décembre 2011, le journaliste Momar Diongue interpella le candidat d’alors Macky Sall sur le plateau de la télévision privée 2STV en ces termes (Emission spéciale 31 décembre 2011 de la 2STV, partie en Ouolof) : On vous a entendu dernièrement dénoncer en des termes vigoureux les milliards dépensés sur une vingtaine de kilomètres d’autoroute…

(…) Macky Sall nia une quelconque responsabilité dans le contrat confié à l’entreprise Eiffage (qu’il cita nommément) et de revenir en détails sur le scandale que représente le coût de sept (7) à dix (10) milliards le kilomètre dans un environnement qui ne présente pas d’obstacles naturels ou de contraintes géophysiques. Il émit ce jugement sans appel : ces coûts au kilomètre dans ce chantier dépassent les coûts dans des pays aux reliefs montagneux ou coupés par des cours d’eau. Ce sont de telles contraintes qui peuvent justifier des coûts élevés de projets routiers. Tout près de nous, l’autoroute en configuration 2X2 voies entre Bamako et Ségou fait presque 300 kilomètres pour environ cent soixante-quinze (175) milliards de FCFA. En comparaison l’autoroute Dakar-Diamniadio est longue de seulement 33 kilomètres pour 297 à 300 milliards… Pourquoi nos routes coûtent si cher ?

Macky Sall avait été élu pour apporter des réponses à ses propres interrogations. La meilleure manière serait d’investiguer les conditions de réalisation de ce projet Dakar-Diamniadio et, pour tourner le dos à des pratiques opaques, de lancer un appel d’offres. L’Ageroute avait été saisie par le ministre de tutelle à cette date pour entamer la procédure relative à cet appel d’offres international. Toutefois le Président décida de la négociation d’un marché complémentaire avec l’entreprise Eiffage Sénégal, titulaire du marché de construction, d’exploitation et d’entretien de la première section de l’autoroute. Il fallait un argument, quelque fragile fût-il. La raison : l’ouverture du nouvel aéroport (AIBD) qu’il plaçait en 2014. Cette reconversion à la méthode d’Abdoulaye Wade n’allait pas sans souci.

(…) C’était donc un revirement considérable que Macky Sall venait d’amorcer. Le bien-fondé de cette décision liée à l’ouverture en 2014 de l’aéroport AIBD restait fort problématique, tout indiquait que la livraison de l’aéroport serait différée de plusieurs années. A priori, il n’y avait aucune raison d’espérer du duo APIX-Eiffage des révisions déchirantes de leurs accords sur le premier tronçon décriés par une bonne partie de l’opinion. Au moment où j’arrivais au ministère des infrastructures et des transports, les négociations étaient déjà lancées. L’APIX ne me faisait pas de rapport circonstancié sur l’évolution des discussions et encore moins ne sollicitait d’instructions ou d’avis sur les questions techniques de la part du ministère. Tout au plus recevais-je sporadiquement des informations générales, adressées à la fois au ministre en charge des finances et à moi-même. Dans les faits, les orientations et la validation des solutions techniques comme du modèle financier ont été du ressort de l’APIX qui assurait effectivement la maîtrise d’ouvrage du projet.

Le premier malentendu survint quand je reçus du ministre en charges des Finances un projet de décret autorisant la passation d’un marché complémentaire pour l’extension de l’autoroute à péage. Le rapport de présentation, déjà revêtu de la signature du Ministre en charges des Finances, m’était présenté pour y apposer la mienne avant transmission au Conseil des ministres. Or en vérité, indépendamment des réserves de principe, je ne disposais pas de preuves tangibles pour valider les termes de cette lettre. Quelle étude avait confirmé l’option de confier le second tronçon à la même entreprise qui avait réalisé et devait exploiter le premier ?

(…) Dans le cas de l’autoroute à péage, l’efficience et la pertinence de reconduire l’opérateur de la première section peuvent être questionnées du fait du coût d’un kilomètre d’autoroute parmi les plus onéreux sut Terre.

(…) Je m’abstins donc d’apposer ma signature sur le projet de décret, ce qui causa un premier malaise profond. Puis vint la signature du contrat définitif relatif au marché complémentaire de financement, de construction, d’exploitation et d’entretien.

(…) Une fois les dispositions arrêtées, le contrat fut soumis à ma signature, celle de l’APIX ne figurant nulle part. Outre les raisons précédemment évoquées, je rejetais le contrat pour divers motifs supplémentaires. Je fis une lettre au directeur général de l’APIX, Diène Farba Sarr, pour faire valoir les raisons qui, de mon point de vue, l’obligeaient à assumer jusqu’au bout le contrôle exclusif qu’il avait exercé sans partage sur ce dossier.

(…) Par ailleurs, j’avais à ma disposition des notes, de sources différentes, très réservées sur le coût de ce second tronçon qui ne prévoyait pas à ce stade deux ouvrages importants : le raccordement aux installations de Diamniadio (nouveau centre de conférence et autres) et le raccordement à l’aéroport de Diass dont l’ouverture prochaine justifiait pourtant l’urgence de ce marché complémentaire. L’offre finale pour les travaux autoroutiers, les installations fixes et les équipements de péage s’élevait à quatre-vingt-douze virgule deux (92,2) milliards de FCFA dont soixante-neuf virgule deux (69,2) milliards supportés par l’Etat et vingt-trois (23) milliards apportés par Eiffage. Les évaluations du budget dont je disposais restaient largement en dessous de l’offre finale retenue par l’APIX, même en incluant l’ouvrage et la bretelle e raccordement au centre de conférence de Diamniadio ainsi que l’échangeur et la route de connexion au nouvel aéroport de Diass. Elles se situaient autour de 3 milliards le kilomètre.

(…) Mon attitude provoqua l’ire de certaines personnes qui s’en prirent à moi auprès du Président Sall. Je fus informé d’échanges où des perspectives sérieuses de me démettre furent évoquées. Le Premier ministre fut chargé de me ramener à la raison.

(…) Le message que me fit parvenir Abdoul Mbaye était simple et clair : je devais signer le contrat ou me préparer à la perspective de quitter le gouvernement. Ma réponse fut aussi simple : je lui offris de rendre ma démission séance tenante. Je crois l’avoir touché en faisant référence à son père Kéba Mbaye, dont la démission dans des moments agités avait marqué la majorité des compatriotes. Je lui exposai les fondements de mon attitude. Certains de mes arguments ont dû le convaincre. Il me dit : « démissionner en ces circonstances serait une erreur de débutant (‘afeeru cuune la’ selon sa formule en Ouolof ). Il faut rester et te battre ». C’est cet après-midi qu’il a eu cette phrase qu’il a citée dans son livre Servir : « quand je te vois, je regrette de ne m’être pas engagé en politique, car j’ai alors conscience que l’on peut faire de la politique dans notre pays sans vendre son âme ». Il prit sur lui de faire son affaire de convaincre le Président Sall de la justesse de ma position. La complicité qui me lie à Abdoul Mbaye est née dans l’exercice du pouvoir, dans des circonstances où la nature des êtres se révèle, selon qu’ils poursuivent des desseins personnels ou qu’ils s’oublient pour le bien-être de leur peuple. Une fraternité en valeurs nous unit depuis ces jours où, mes « amis » politiques cherchant à me faire un procès par presse interposée, il se fit le devoir de rétablir la vérité.

880 Comments

Comments are closed.